8 poèmes de Pierrette Micheloud, extraits de Poésie, L’Age d’Homme, 1999.

Je suis ce rêve de soleil
Cloué au mur
Par une ombre.

Rivière, viens à mon secours
Toi qui portes la pierre
Jusqu’à la naissance du sable!

Elle coule la rivière
Son cœur est trop de bruit
Les jeux sont faits depuis la neige.

Eté cette mémoire
Dans le bleu d’ancolie

Ce pur été d’un jour
Pour endormir le temps

Ce trajet de toi à moi combien
De rêves, d’efforts, de hardiesses
Pierre vieux gisement de mon cœur.

Une arrière présence d’étoile
Dans la chambre où se fait ton accueil
Toi-même venant d’avant toi-même.

De l’or de l’orobe un cercle enfreint
l’œil noir du merle. Aimer se dévoile
Ce visage inconnu qui fait peur.

Lune, je te salue, éclosion du silence.
Lune, mon amnistie.
La nuit se réveille et chasse ses monstres.

Lune, ma barque-lyre,
je vogue sur tes mers de cendres stratifiées
j’explore tes réminiscences
je descends dans leur profondeur
j’y rencontre une chambre close
où j’entre sans ouvrir aucune porte.
Un écheveau de lumière diurne
attend d’être filé.

Lune
quand je te retourne
mon bonnet de pierrot.

Notre Mère-Père qui es en nous
Présence ignorée
Que ta double unité soit reconnue
Que ta salutation de gynandre
S’accomplisse, parole du sang
Que ta volonté soit entendue
Sur la Terre comme sur les Planètes
Qui vivent déjà dans l’aura de ton règne
Que ta vérité illumine
L’ébène rocher de notre sommeil
Fais couler de tes mamelles ta vie
Qu’elle soit notre lactance quotidienne
Aide-nous à reconquérir la joie
De l’antériorité de l’Eden
Cette enceinte matérielle où le Père
T’exila de lui, divisant
Votre double unité, soufflant au mâle
De s’imposer tandis que la femelle
Comme une ombre de la nuit dans la nuit
Fut cachée. Ainsi le jour exista
Sans toi. Mais tant de fureur n’a pu tarir
Ta fougue amoureuse de l’offrande
Toi comme l’eau vierge où se multiplie
Le feu du soleil, Toi Celle-Celui qui ES
Recrée-nous
En l’une et l’autre moitié de ton être
Car c’est à Toi qu’appartiennent
De millions d’années
En millions d’années
Sagesse
Force
Beauté!
Caresses faites à la mer
Ces îles pour t’aimer

Mains innombrables miennes
Dociles aux leçons
Des feuilles de palmier
De souplesse innée

Dans l’embrasement
De midi
Elles gardent
Une fraîcheur de pluie

Chaque île est un breuvage
Qui nous rend à nous-même
Est-ce ici
Que l’on tré-passe

Vagues
Sublime viatique

Leurs langues
Fourmillent de désirs
Les cryptes se peuplent d’arbustes
Irradiant
De soudaines baies roses

Ces îles pour t’aimer.

Elle était d’une terre
De gentianes
A l’ultime rencontre
De l’amour
Et de la clairvoyance.

Elle allait lentement
Vers la joie
Des moissons infinies
Aux tendresses
Maternelles fêtées
Par le chant
Très haut de l’alouette.

Ici, Ame
C’est le milieu du monde
La notion
De lumière s’enlise
Le regard
Ne va pas au-delà
Des barrières
Qui forment son enclos.

Elle ondoie
Entre un et cent mirages,
Des roseaux
D’âge très vieux la cernent
Ses doux printemps de neige
Corrompus.

Ne dis pas aux hommes d’où tu viens
Rasalhague!
Ils cerneraient de terres brûlées
Ton regard
Où survit la fleur de paradis
Cet ardent pollen multiplié.

Ne dis pas aux hommes ton chemin
Rasalhague!
Ils y feraient souffler leur haleine
Vénéneuse
Et l’herbe qui chante sous tes pas
Noircirait comme un temps de poussière.

Voici la halte fraîche, cachée
Où l’enfant
D’un autre âge t’a fixé le jour
Et l’instant…
Tu peux dans la ferveur du feuillage
Sans crainte dénouer tes cheveux.

Ne dis pas aux hommes ton secret,
Rasalhague!
Ils troubleraient jusqu’à la terreur
L’eau rieuse
Qui va de tes lèvres au soleil
Emportant ta barque de rosier.

Ton dernier souffle s’est joint
Au terreau de ma vie
Tout ce que j’entreprends
C’est toi qui l’accomplis.

Le chant du poème est ton chant
De cette joie innée
Que farouchement tu gardais
Sous l’œil menaçant des jours tristes.

Tu chantes, nous chantons
Dans le petit matin
Qui serpente
Entre deux lisières de nuit
Dans la poussière transparente
Des aimé(e)s.

J’écris dans mes yeux
Où je te garde à la Terre
Aux gestes de tes journées.

Ecoute de poèmes
Vers 1953 (?) paraît un disque vinyle 45 t. 17 cm sur lequel Pierrette Micheloud lit 8 poèmes extraits de ses recueils Points suspendus et L’enfant de Salmacis. Le tirage de ce disque a été sans doute très modeste et peu d’exemplaires doivent avoir survécu. Il s’agit donc d’un document et sa qualité d’écoute est évidemment loin de celle d’un CD. Durée totale: environ 11 minutes. Tous droits réservés.

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